Guido Albertelli

Hypnose ericksonienne Lausanne

Ne rien résoudre

Trouver la solution: c’est peut-être de cela que nous souffrons, aujourd’hui, que ce soit sur le plan de nos existences individuelles ou sur celui de notre civilisation. On répare, on gère – les émotions aussi bien que les tondeuses à gazon. Nous y faisons souvent l’expérience de l’impuissance, de notre insuffisance (que ce soit par rapport à nos «problèmes personnels» ou face à des problèmes globaux comme le réchauffement climatique…), et parfois celle d’une forme de puissance. Mais même cette puissance, même parvenir à une solution, avec tout ce qu’elle peut avoir de satisfait, voire d’arrogant, conserve une part, insoluble, de tension, d’inquiétude. Comme on peut le voir partout, la satisfaction de la solution ne donne pas une véritable et sereine aisance de vivre.

L’hypnose nous suggère une autre approche. C’est d’ailleurs pour cela que je suis toujours très réticent à en parler comme d’un «outil», qui apporterait des «solutions». L’enjeu n’est pas de s’efforcer d’agir sur, ou contre, le problème. Quand on prétend résoudre, on s’est en fait extrait de la situation, pour se mettre «face au problème» et avoir prise sur lui. Avec l’hypnose, c’est un tout autre mouvement, qui consiste en une sorte de déplacement de manière à modifier notre relation au «problème», à trouver une position nouvelle dans l’ensemble de la situation, une façon différente d’habiter l’entier de notre vie, d’une manière qui supprime le «problème».

Tout le contraire de «s’attaquer au problème»: se laisser tomber complètement dans la situation, là où on est, trouver l’appui «là où ça tient»: Comme le corps dans le fauteuil se laisse aller, et plus il s’abandonne, plus il fait l’expérience de ce qui tient. A cet endroit-là, se laisser disposer, sans rien faire, dans une nouvelle manière de vivre où le problème n’existe plus.

« Si vous souffrez, par exemple, d’angoisse, de peur ou d’insomnie, il ne faut surtout pas s’y opposer, il faut y prêter attention, les inclure dans votre corps, les intégrer dans et par vos gestes. Il faut seulement se demander si c’est efficace. Et cela l’est. » (François Roustang)

Et ça pourrait vraiment être si simple? Et pourquoi pas? Et s’il suffisait d’essayer?

Ne pas changer

«Tout changement a besoin de prendre appui sur la prise en compte de la réalité existante. A l’inverse, le refus de la situation présente est, paradoxalement, une entrave au changement. Ce malentendu peut expliquer la chronicité de certaines douleurs ou addictions.» (J.-M. Benhaiem)

C’est sans doute l’un des plus grands paradoxes de la thérapie.

Lorsque l’on souffre d’insomnie, d’anxiété, d’une douleur chronique ou d’un comportement compulsif, notre premier réflexe est de lutter. Nous mobilisons toute notre volonté pour éradiquer le problème, corriger la trajectoire, forcer le changement.

Pourtant, plus on cherche à tout prix à changer, plus on fige la situation. La tension vers l’objectif crée un effort conscient qui maintient la fixation.

Pourquoi l’acceptation est-elle le préalable au mouvement ?

Parce que vouloir changer à tout prix sous-entend une guerre contre soi-même. On s’épuise à refuser l’état présent.

L’hypnose propose le chemin inverse :

  • Déposer les armes : Observer ce qui est là, sans chercher à le modifier immédiatement.
  • Accueillir la résistance : Laisser le corps et le système nerveux relâcher la pression du « devoir réussir ».
  • Créer de l’espace : C’est précisément au moment où l’on renonce à vouloir tout contrôler que les ressources inconscientes reprennent du mouvement.

Accepter de ne pas changer, ce n’est pas de la résignation. C’est faire une trêve avec soi-même pour permettre à quelque chose de neuf d’émerger.

Imaginer

«Le raisonnement et le rationnel proposent-ils un chemin vers la réalité? Certainement, mais ce qui est vu est une apparence. La profondeur de la réalité n’est accessible que par la fantaisie de l’imaginaire. Tous les artistes, poètes, écrivains accèdent au réel lorsqu’ils quittent la logique et laissent leur pinceau ou leur plume inventer la vie.» (J.-M. Benhaiem)

Dans nos vies ordinaires, nous sommes fréquemment aveuglés, on serait tenté de dire «hypnotisés», par nos représentations, nos anticipations, nos peurs et nos automatismes. Ce que nous appelons « la réalité » n’est souvent qu’un film mental qui tourne en boucle, une interprétation enjolivée ou angoissée du monde. Nous ne voyons plus ce qui est, nous voyons ce que nous craignons ou ce que nous attendons.

L’imagination, telle qu’elle est mise en jeu dans l’hypnose, permet de déjouer ces schémas rigidifiés pour retrouver l’ouverture du réel et le dynamisme de la vie. Il faut en effet une grande souplesse psychique pour défaire ces constructions figées. L’imagination, en hypnose, n’est donc pas une fabrique d’illusions : c’est une manière de mettre du jeu et de permettre le mouvement. De libérer la vie.
Elle fait faire un pas de côté par rapport à ses propres certitudes et mobilise les sens pour ressentir le corps tel qu’il est ici et maintenant, débarrassé des jugements. Elle laisse ainsi émerger une perception neuve d’une situation qu’on croyait bloquée. La réalité apparaît alors comme ce qu’elle est quand elle n’est plus interprétée à travers nos appètes ou nos peurs: un «terrain d’opportunités» pour le déploiement de notre vitalité.
Sortir de la transe ordinaire du contrôle et des représentations demande de l’audace et de l’imagination. C’est précisément là que commence le travail sous hypnose : utiliser la plasticité de l’esprit non pas pour inventer une autre vie, mais pour réapprendre à habiter pleinement celle-ci.

Arrêtez-vous parfois pour observer cette sensation d’être enfermé dans vos propres représentations. C’est le point de départ pour s’en libérer.

Je vous accompagne volontiers pour poursuivre cette exploration.

Une sagesse pleine d’espièglerie

Sur le fondateur du christianisme, l’avantage de Socrate est le sourire qui nuance sa gravité et cette sagesse pleine d’espièglerie qui fait à l’homme le meilleur état d’âme. (Nietzsche)

Socrate était un philosophe, mais aussi, comme le montre admirablement François Roustang, un maître de l’hypnose: «Loin d’être le premier philosophe, Socrate n’est-il pas le premier vrai thérapeute ? N’est-il pas celui qui a le mieux compris les effets qu’il faut produire pour modifier son rapport à soi et au monde ?»


«L’esprit inconscient sait bien plus de choses que ce que vous savez que vous savez», aimait dire Milton Erickson. Et avec toute sa sagesse, il a les ressources pour «résoudre les problèmes» que votre esprit conscient, votre pensée, n’est pas capable de résoudre. Mais c’est aussi bien plus. C’est aussi la source espiègle, et inépuisable, de votre plus profonde et indestructible joie de vivre!! Il connaît le chemin vers votre «meilleur état d’âme».

L’hypnose donne de la joie. Elle est en elle-même cette «sagesse pleine d’espièglerie».

Et vous pouvez le découvrir au cours d’une simple séance…

Reset

O. est venue me voir il y a une année, pour arrêter de fumer. Elle était très contente; puis je l’avais revue en juin, pour une «rechute». Quand je l’accueille, elle va droit au but: «C’est de nouveau moi!» – et pour la même chose. Elle revient parce que «ça marche, ce que vous faites fonctionne bien avec moi», mais qu’une nouvelle situation très stressante (comme en juin) l’a faite «craquer», il y a cinq jours. (Une bonne illustration, en passant, du fait que le problème n’est pas que l’hypnose n’a pas d’effets durables, mais que la réalité, c’est que la vie nous propose inévitablement des épreuves. Et qu’en cas de telles «récidives», il est tout à fait possible d’appliquer de nouveau le «traitement». J’avais d’ailleurs évoqué dans un précédent article une analogie avec se brosser les dents, dont nous ne nous étonnons pas qu’il faille recommencer quotidiennement…)

Le tabac, me dit O., «c’est mon point faible», «my weakness» (O. est anglophone, et la conversation se déroule dans un mixte de français et d’anglais). Quand elle fume, elle se sent fatiguée, n’a plus d’énergie. Et elle se déteste pour ça: «I hate myself». Parce quelle a appris qu’avoir des faiblesses, c’est se mettre en danger. Je lui demande si elle connaît beaucoup de personnes qui n’ont pas de faiblesses. «J’en connais – mais ce sont des personnes que je ne connais pas bien». Et parmi celles qu’elle connaît bien? Silence… «Non, aucune».

O. se laisse glisser dans la transe, elle connaît bien le chemin. Elle ira retrouver les ressources qui lui ont déjà permis deux fois d’arrêter de fumer; elle ira découvrir des choses nouvelles en regardant par les fenêtres d’une maison vers les quatre points cardinaux, le soleil qui se lève, le soleil au zénith, le soleil qui se couche, et les étoiles, la nuit, pendant que le soleil, de l’autre côté de la terre, poursuit sa course pour se lever de nouveau; elle ira, surtout, chercher la compassion qu’elle peut se donner à elle-même. Puis elle ira accompagner celle qu’elle était il y a cinq jours, quand elle a reçu l’email qui a tout déclenché, et elle pourra le lire, avec elle-même qui se tient à ses côtés – pouvoir être soutien de soi-même. Et transformer l’expérience en apprentissage.

Son visage s’est profondément détendu. Elle ressort de transe radieuse, et bondit énergiquement sur ses pieds. «J’ai prêté attention à chaque mot que vous avez dit. It’s like a resetting!»

Inspiration: François Roustang

Un excellent entretien entre F. Midal et Jean-Marc Benhaiem, qui éclaire avec simplicité et précision ce qu’est l’hypnose, sa spécificité dans la thérapie, et le travail de François Roustang, qui reste pour moi une inspiration essentielle.

Morceaux choisis:

JMB : On pensait que c’était la tête qui devait nous guider. Bah non, c’est le corps. Dans le cerveau on a plusieurs systèmes qui nous égarent : et je rumine, et je me mets dans le passé, et je me mets dans l’anticipation anxieuse – alors que lui, le corps, il n’est que dans le moment présent : c’est là qu’il respire, c’est là qu’il vit. Et donc si je le rejoins, je peux quitter une déambulation qui m’égare et qui me fait souffrir. Et ça, c’est quelque chose qui n’avait jamais été abordé par les psychologues, les psychanalystes. Dans les écoles de psychologie, ce n’est toujours pas abordé, alors que c’est la seule façon que nous ayons de retrouver notre place. C’est d’être un corps, une présence, une respiration. C’est le corps qui devient le guide.

JMB : On cherche les ressources, on implique le patient. Alors qu’avant il était passif, effectivement, en disant «ah, je dois subir». Et là on lui dit : «non, non ! Vous ne subissez pas ! Faites ce qu’il faut pour atténuer la perception douloureuse !» «ah bon ? c’est moi qui…» «Oui, oui, vous avez les ressources !» … On retrouve les ressources, et la personne n’est plus un objet que qu’on manipule. C’est elle qui trouve le chemin pour aller mieux.

FM : Quand j’ai fait une séance avec François [Roustang], une des choses qui m’a le plus bouleversé, c’est sa capacité d’être là, sans rien dire ; et je me suis senti accueilli absolument. Et c’est rare dans une vie humaine de sentir que quelqu’un vous accueille absolument, entièrement, comme celui que vous êtes. Et c’est un très profond soulagement.

JMB : «Revenez dans la danse !» Un jour, j’ai dit ça à un patient : «Mais revenez dans la danse !» La danse, c’est… c’est sérieux la danse ? Ben non, on s’amuse ! Et cette façon-là de revenir dans la partie, c’est quelque chose aussi qu’on avait travaillé avec François [Roustang]. Et au fond, c’est ça la transe, c’est de revenir dans la danse, parce que la personne s’était mise à l’écart en disant : « Non, non, je ne danse pas, je veux tout maîtriser, je vais peut-être faire un faux pas, je vais peut-être tomber…» Et on lui dit : «Prenez des risques, allez-y ! Revenez dans la danse. Et reliez-vous !» Et si elle veut bien revenir, elle dit : «Ah, c’est drôle, c’est sympa, j’ai plein d’amis, je danse, c’est léger, j’entends la musique !» Elle revient dans la vie en fait.

Laisser la réalité être la réalité

Wu Wei
La vie est une succession de changements naturels. Ne résistez pas car cela ne générera que des soucis. Laissez la réalité être la réalité. Laissez faire naturellement les choses.

Lao Zi

Il y a quelque temps, je recevais T., une jeune femme aux prises avec une difficulté presque banale, mais pour elle (et sans doute bien d’autres), insurmontable, dans un contexte de relations difficiles avec les enfants d’un nouveau conjoint dans une «famille recomposée». Elle avait le sentiment que tout le poids de cette situation lui incombait exclusivement, et injustement: «c’est moi le problème», «ce n’est qu’à moi de m’adapter». Ceci ne pouvait que l’enfermer dans une énorme résistance à changer quoi que ce soit. Dans une telle situation, on pourrait être tenté de raisonner, d’expliquer, de faire comprendre à l’aide d’arguments, ou, pire peut-être, de donner des conseils. Ainsi, T. m’avait raconté qu’une psychothérapeute qu’elle voyait aussi, lui avait dit qu’elle était «égoïste». Cette tentative de faire céder sa résistance en y opposant un jugement moral avait, sans surprise, eu l’effet inverse de renforcer ses défenses et de la fermer et la figer encore plus.

L’hypnothérapie d’inspiration ericksonienne, comme je la pratique, emprunte un tout autre chemin. Au lieu de chercher à surmonter la résistance, je l’accueille, je vais en quelque sorte «avec elle». Je ne vois pas la résistance, les blocages, comme un obstacle à vaincre, mais comme l’indice d’un chemin à suivre, qui permet d’avancer, et de changer, d’une façon naturelle, en respectant la position de la personne. En me servant de méthodes indirectes (métaphores, recadrages, …), je vais travailler avec le monde de la personne, plutôt que contre lui. En conséquence, la personne se sent comprise plutôt que confrontée, voire jugée, la résistance peut se transformer en coopération, et le changement devient possible sans conflit.

Avec T., il n’a pas été très difficile de recadrer sa perception de la situation d’une façon qui permettait le changement. En acceptant sans restriction son sentiment d’avoir à en porter seule tout le fardeau, il devenait possible, dans une simple conversation, de lui faire voir qu’elle détenait en fait, dans cette même position, qui n’était pas une position de victime mais une position de force, la possibilité de changer elle-même la situation. En accueillant complètement la plainte initiale, qui s’énonçait à peu près comme «tout ne dépend que de moi», l’impuissance pouvait être renversée en «pouvoir personnel»: «Tout dépend de moi!». La transe, avec la liberté créative qu’elle ouvre, a permis ensuite à T. d’explorer ces possibles nouveaux, d’avancer dans le futur sur ce qu’elle visualisait comme un chemin ensoleillé, pour recevoir un cadeau de «T. du futur».

Souriante, elle termine la séance en déclarant: «C’était rassurant».

[Illustration: Asger Jorn; photo: Guido Albertelli]

Une invitation!

Samedi 18 et dimanche 19 octobre 2025, Bois de Finges (VS)
Week-end de découverte de la «marche médecine», une pratique dans la nature, qui n’est pas sans rapports avec l’hypnose (j’avais déjà proposé cela, sur une demi-journée, sous le titre de «pas de transe»)

Présentation ci-dessous. N’hésitez pas à me contacter pour plus d’infos!

Le monde naturel est là, juste là, ouvert, offert : les arbres, le ciel, les rochers, l’herbe, la terre, le ruisseau, les nuages, les oiseaux, les traces du chevreuil…. Comme un appel à y aventurer quelques pas. Et si c’était une invitation à aller s’y perdre pour mieux s’y retrouver ? 

Il est si facile, aujourd’hui, de se sentir désorienté, égaré, dans le monde «domestiqué», ou dans le désordre de nos pensées. De se sentir agité, confus, morcelé, ou alors figé, embourbé. 

La pratique de la «marche médecine», que nous vous proposons de venir découvrir le temps d’un week-end dans la nature, est une manière extraordinairement simple, mais aussi profonde et puissante, de retrouver le cap, de se mettre à l’écoute d’une sagesse plus grande que nous-mêmes, de retrouver du soutien, de faire sens de ce qui nous arrive, nous bouscule, d’y voir plus clair.  

C’est dans cet esprit que nous vous invitons à prendre un temps pour toi, en nature : poser une intention, explorer en se laissant errer dehors, seul.e. Écouter ce que le vivant reflète. Revenir avec une histoire, la partager en cercle et en recevoir les enseignements. 

Parce que être dehors, marcher sur la terre, sentir le vent sur le visage, peut-être se faire mouiller par la pluie, entendre le cri de la buse ou du corbeau… C’est la façon la plus simple et la plus directe de s’éprouver vivant. Animal. Et c’est ça qui réoriente. Redonne de l’élan. Libère la vie, joyeuse et puissante, que nous portons en nous – et qui nous porte. 

Concrètement, vous recevrez une introduction à «la roue de médecine de la nature humaine», une représentation, basée sur la nature et ses cycles, des différentes directions qui nous constituent – comme une boussole pour pouvoir s’orienter. Vous passerez plusieurs heures dans la nature, seul.e. Vous raconterez les histoires de vos marches dans le cercle des participants, et vous écouterez celles des autres. Vous préparerez, avant de repartir, votre retour: comment intégrer dans sa vie les enseignements, ressources, changements dont vous aurez fait l’expérience. Vous serez accompagné.e tout au long par deux guides expérimentés, aussi bien pour préparer votre temps dehors que pour faire briller la force et la sagesse enveloppées dans l’histoire que vous raconterez au retour.

Lieu et dates

Bois de Finges, Sierre, samedi 18 octobre à 8h45 au dimanche 19 octobre à 17h00

Prix

300.- CHF pour le week-end, hébergement, repas samedi soir et brunch dimanche compris

Des arrhes de 150.- CHF, non remboursables, sont à verser pour valider l’inscription. Le solde du stage est à payer au plus tard au début du week-end (merci d’amener le solde exact si c’est en cash). Les arrhes sont à verser sur le compte de l’Association pour les Rites de Passage, IBAN CH16 0839 0039 1577 1000 1, Banque Alternative Suisse, Association RoP, Rue du Port-Franc 11, cp 161, 1001 Lausanne.

Matériel :

Un pic-nic pour le samedi midi, des chaussures des vêtements adaptés à la météo et à la marche en forêt, un coussin ou couverture ou chaise de camping basse, pour s’asseoir sur le sol.

Une liste complète sera envoyée aux participant.e.s quelques jours avant, avec également le lieu de rendez-vous.  

Les guides

– Guido : hypnothérapeute, créateur et responsable de «la matu en liberté» (accompagnement pour étudiants auto-didactes), ancien maître de philosophie au gymnase, formé en 2024 comme guide de rite de passage selon la tradition de The School of Lost Borders.

– Mélina : Travailleuse sociale de formation et actuellement accompagnante en réhabilitation, Mélina s’est formée en 2024 comme guide de rite de passage selon la tradition de The School of Lost Borders 

Informations et inscriptions:
Mélina: 078 893 72 70, melina_gasser@hotmail.ch
Guido: 079 326 32 59, contact@guidoalb.ch

Combien de séances? — 1

Une séance d’hypnose donne une inflexion différente à la vie, ouvre une direction nouvelles, des possibilités inédites. Donc en principe une seule pourrait suffire. Ce n’est assurément pas toujours la règle – mais parfois, c’est effectivement le cas. Je reviendrai sur cette question. En attendant, ces lignes reçues quelques semaines après une seule et unique séance:

Je voulais juste vous faire un petit retour sur notre séance.

Je ne vous cache pas que les débuts ont été très bizarres pour moi. Je n’ai jamais plus angoissé ni fait des crises de panique. Par contre, les premières 2-3 semaines, mon cerveau logique et rationnel cherchait comme à se forcer à avoir peur. Comme si une voix en moi me disait: “non, tu dois, avoir peur, t’as toujours eu peur, donc réagis… c’est pas normal, tu ne sens rien” .

…c’était assez impressionnant à vivre.

J’ai voulu donc attendre quelques semaines de plus avant de vous faire ce témoignage.

Aujourd’hui je peux vous confirmer que votre séance d’hypnose m’a guéri et m’a changé ma vie. 
Vous m’avez guéri 30 ans de souffrance, de douleur, et de peurs.

Vous êtes une personne incroyable.

Je vous remercie avec une immense gratitude.

Si je croyais que c’est effectivement moi qui ai fait ça, ma modestie en souffrirait. Mais, comme je l’écrivais la semaine dernière, le mérite revient à la personne elle-même. C’est elle qui fait le pas, auquel la séance d’hypnose ne fait qu’offrir l’espace.

«Erickson ne faisait pas de l’hypnose ericksonienne»

«C’est quoi exactement l’hypnose “ericksonienne”?», me demande-t-on parfois. On peut en effet bien être un peu perplexe devant la floraison d’étiquettes dans la nébuleuse aujourd’hui en pleine expansion de l’hypnose (de l’hypnose «de rue» à l’hypnose «quantique», en passant par les variantes «humaniste», «nouvelle», «conversationnelle», etc.). Mais il faut bien reconnaître que Milton Erickson lui-même ne nous aide pas beaucoup. Ce psychiatre américain, qui a profondément renouvelé la pratique de l’hypnose au 20e siècle, n’a jamais proposé de théorie de sa pratique. Il soutenait plutôt que pour faire ça, il faudrait une nouvelle théorie pour chaque thérapeute et pour chaque patient. Josick Guermeur, qui revendique un enseignement de l’hypnose ericksonienne «radicale, modernisée, au plus près de l’esprit de Milton H. Erickson» et auprès de qui je me suis initié à cette pratique il y a déjà bien des années, avait une formule que j’aime bien me rappeler: «Erickson ne faisait pas de l’hypnose ericksonienne».

Quand on demande à Erickson lui-même, comme dans la vidéo ci-dessous, ce qu’il recommande pour apprendre les techniques de l’hypnose, il commence par cette recommandation: «Développez votre propre technique, n’essayez pas d’utiliser la technique de quelqu’un d’autre», dont il résume l’explication par: «be your own natural self», «soyez vous-même naturellement». Pour conclure: «J’ai fait l’expérience d’essayer de faire les choses comme quelqu’un d’autre le ferait. C’est un gâchis.»

Reste que l’adjectif «ericksonien» n’est pas non plus synonyme de «au fond n’importe quoi», et que cette pratique n’est pas non plus tributaire de la subjectivité sans principes de n’importe qui. «Etre soi-même, naturellement» ne va probablement pas tellement de soi, ne renvoie pas à une conception bien naïve, et aussi potentiellement très vite abusive, d’une spontanéité «pure».

On peut donc indiquer un certain nombre de caractéristiques «ericksoniennes».

La première est soulignée par Erickson, dans la même vidéo: «Il s’agit d’un individu répondant à un individu.» Autrement dit, une pratique ericksonienne de l’hypnose ne repose pas sur des méthodes standardisées qu’on pourrait appliquer une fois qu’on aurait identifié le problème dont la personne assise dans le fauteuil serait un «cas». Il s’agit toujours d’une rencontre singulière, d’une relation particulière. L’approche ericksonienne se caractérise en conséquence par sa flexibilité, son adaptabilité aux besoins et à la personnalité spécifiques de chaque individu. Cela se fait d’ailleurs souvent dans une sorte de communication d’inconscient à inconscient. Je me souviens par exemple d’une personne me disant, à la fin de la séance: «Mais comment vous saviez que j’étais un navigateur, que c’est une partie importante de ma vie?». Je n’en savais rien, il n’en avait pas parlé. J’avais juste raconté l’histoire, que je n’avais jamais racontée avant, et qui était venue cette fois-là, des navigateurs Maoris prenant audacieusement le large pour découvrir, au-delà de l’horizon visible, les archipels du Pacifique. C’était à l’évidence la bonne histoire pour cette personne en particulier – et je n’avais même pas besoin de le savoir consciemment.

L’hypnose «ericksonienne» est ainsi dite «centrée sur le client». Ce ne sont pas les méthodes du thérapeutes qui ont un effet, produisent le changement, mais les ressources du client lui-même. Il s’agit de faire confiance à la sagesse de l’inconscient et de proposer «quelque chose» qui favorise les processus de découverte ou d’invention de possibilités nouvelles par la personne elle-même. Erickson postule que l’esprit inconscient est toujours à l’écoute, et que le changement peut se produire même sans que l’esprit conscient intervienne. C’est pourquoi cette approche est souvent qualifiée de «permissive», par opposition aux suggestions très «directives» de l’hypnose classique (le caricatural: «Dormez, je le veux», ou la «méthode Coué»). Il s’agit avant tout d’offrir à la personne un espace de liberté, condition de possibilité du changement qu’elle effectuera elle-même. Cela repose sur la conception spécifiquement ericksonienne de l’inconscient comme un «réservoir», ou un «magasin» de ressources, que l’hypnose permet d’activer.

Il en découle une autre caractéristique: si chaque personne a en elle-même les ressources pour changer, pour vivre «une bonne vie», la responsabilité, et aussi le mérite, du changement reviennent au client lui-même. Le thérapeute n’est en quelque sorte que l’occasion, tout à fait contingente, de ce changement, en facilitant l’accès à ces ressources.

Tout cela implique une utilisation créative bien particulière du langage, qui vise à s’adresser à l’esprit inconscient pour le mobiliser en direction du changement, de la guérison ou du développement de la personne. A la différence d’autres approches où le thérapeute reste essentiellement silencieux, ici c’est lui qui parle (après, évidemment, un premier échange où le client est amené à exposer, et clarifier, «ce dont il s’agit»). Mais il parle souvent de façon ambiguë, en utilisant des métaphores, en racontant des histoires, en proposant des suggestions indirectes. Par exemple cette séance où j’avais passé vingt bonnes minutes à décrire la débâcle printanière d’un fleuve en Sibérie (en allant puiser dans des souvenirs qui revenaient de loin, et d’eux-mêmes: Michel Strogoff, mes lectures d’enfance de J. O. Curwood…). Nous n’avions jamais parlé de tout cela, et je ne savais que très partiellement ce que je faisais, et je n’avais rien ajouté d’autre, juste laissé un temps d’intégration. A la fin de la séance, au sortir de la transe, la personne me remercie: «C’était super!».

Il s’agit ici, et c’est au fond le sens et le but de la transe, de toute la démarche, de contourner les résistances conscientes du client pour faciliter un état plus réceptif au changement. La souplesse, celle du thérapeute d’abord, qui invite celle de la personne qui vient le voir, avec la flexibilité et l’adaptabilité qu’elle rend possibles, permettent d’aborder de façon à chaque fois adaptée une grande variété de situations, depuis l’anxiété et la dépression, le manque de confiance en soi, jusqu’à des changements de comportement (par exemple: arrêter de fumer) et la «gestion» de la douleur.

Enfin, on sait que Milton Erickson était un personnage souvent drôle, qui aimait s’amuser. Et c’est aussi une caractéristique de cette pratique qu’il vaut la peine de souligner: les deux personnes impliquées peuvent prendre un vrai plaisir dans ce qui peut bien souvent ressembler à un jeu ou à une danse!

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