Cette semaine, le voyage m’a conduit à la grotte de Niaux, en Ariège. Un projet né il y a plusieurs années, après la lecture de Jean Clottes, le grand spécialiste de l’art préhistorique, Les chamanes de la préhistoire, et la visite, éblouie, des grottes de la région de Lascaux.

Une expérience extraordinaire.
La grotte n’est pas éclairée. A l’entrée, on nous donne une petite lampe, puis la guide nous emmène à l’intérieur (comme une séance d’hypnose…).Après avoir franchi une sorte de sas, une galerie creusée pour faciliter l’accès, on marche dans la grotte, assez large, longtemps. Au milieu des éboulis, quelques stalactites, et les lumières des petites lampes qui dansent sur les parois. Quelques graffitis de visiteurs anciens, du 17ème siècle – il y a les dates. Et on imagine celles et ceux qui entraient là, il y a 17’000 ans, avec leurs modestes lampes à graisse.
Après une bonne demi-heure de marche, la guide annonce que nous arrivons au «salon noir», un vaste espace , 25 mètres de haut, une acoustique de chapelle romane. Elle nous demande d’éteindre nos lampes et de les déposer. On avance encore un peu – et la guide éteint sa lampe. Le noir absolu dans le ventre de la terre. Personne ne dit plus rien.
Au bout d’un moment (mais désormais le temps n’existe plus vraiment), la guide allume une lampe plus faible, à la lumière plus chaude, et nous fait découvrir les premières peintures. Des bisons, des chevaux, des bouquetins, représentés avec une finesse extraordinaire. Saisissant. Il y a des milliers d’années, des hommes, des femmes, des enfants (on a retrouvé leurs empreintes sur le sol), sont venus ici, à 800 mètres sous terre, pour peindre ces animaux. Ils sont même allés bien plus loin, jusqu’à trois kilomètres, dans un réseau qu’on ne visite pas – où ils ont dessiné notamment une belette.

On ne sait pas pourquoi. Et pourtant, ne sachant rien, sans rien comprendre, on sait, quand on est là-bas, qu’ils savaient quelque chose du mystère et de la puissance de la vie, que nous savons encore, quand nous ne savons plus rien, là au fond, à l’intérieur. Comme dans la transe. «Vous savez bien plus de choses que ce que vous savez que vous savez», disait à peu près Milton Erickson. Quelque chose qui bouleverse au plus profond, et nous relie au cœur de ce que nous sommes, vivants.
On n’en ressort pas tout à fait indemnes. Mais peut-être un peu plus «intègres».
Dans un extrait de ce que j’écoute en roulant, ces mots du maestro Celibidache, à la fin du morceau: «Je me demande comme un enfant de dix ans. Et je réussis très souvent à éliminer toute cette stratification de l’expérience. Et j’arrive très très souvent à créer une relation, d’un intérêt spontané, à ce grand inconnu.»
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