IA… I-A… comme l’âne qui brait. (J’ai plutôt un faible pour les zèbres, mais ce sera pour un autre article ici.)

IA… c’est désormais sur toutes les lèvres. Jusqu’à ce thérapeute qui dans une vidéo veut dissuader qui que ce soit de se lancer dans une formation en hypnose, ou dans toute autre thérapie, puisque cette fonction sera sous peu remplie par des machines, prédit-il du haut d’on ne sait quelle expertise (mais aujourd’hui, dans cette nuit où tous les «chats» sont gris, tout le monde peut se proclamer expert).

La conception de la relation thérapeutique implicite dans une telle prophétie laisse pour le moins songeur… Alors j’ai demandé à une de ces machines à braire si elle pouvait faire de l’hypnose. Et la réponse est au fond plutôt rassurante:

«En tant que modèle de langage, je ne peux pas pratiquer l’hypnose de la même manière qu’un hypnothérapeute. L’hypnose est un processus complexe qui implique une interaction humaine et une relation de confiance entre l’hypnotiseur et la personne hypnotisée.»

Cette réponse est aussi très éclairante sur ce qui se joue dans une séance d’hypnose. «Une interaction humaine et une relation de confiance» ouvrent l’espace, irremplaçable, dans lequel une personne peut en quelque sorte aller à la rencontre d’elle-même et transformer sa vie. Un espace pour être humain, en somme…


IA – c’est le «oui» (JA) de l’âne, dans le Zarathoustra de Nietzsche.

Amen! Louange, honneur, sagesse, reconnaissance, gloire et force à notre Dieu, d’éternité en éternité!

– Et l’âne de répondre I-A!

Il porte nos fardeaux, il a pris la forme d’un serviteur; il est humble de cœur et ne dit jamais non; et qui aime bien son Dieu le châtie bien.

– Et l’âne de répondre I-A!

Il ne parle pas, sauf pour approuver le monde qu’il a créé; c’est sa façon de louer sa création. S’il ne parle pas, c’est par finesse. Aussi a-t-il rarement tort.

– Et l’âne de répondre I-A!

Il passe inaperçu dans le monde. Grise est sa couleur favorite dont il revêt sa vertu. S’il a de l’esprit, il le cache; mais tout le monde croit à ses longues oreilles.

– Et l’âne de répondre I-A!

Que de sagesse cachée dans ces longues oreilles et dans cette décision de dire toujours oui et jamais non! N’a-t-il pas créé le monde à son image, bête au possible?

– Et l’âne de répondre I-A!

Que tu suives des chemins droits ou tortueux, peu t’importe ce qui te semble droit ou tortueux, à nous autres hommes. Ta candeur est de ne pas savoir ce qu’est la candeur.

– Et l’âne de répondre I-A!

Voici, tu ne repousses personne, ni mendiants ni rois. Tu laisses venir à toi les petits enfants et quand les méchants garnements te font des avances, tu réponds simplement: I-A!

– Et l’âne de répondre I-A!

Tu aimes les ânesses et les figues fraîches, tu ne dédaignes pas la bonne chère. Un chardon te ravigote quand tu as faim. Il y a là une sagesse divine.

– Et l’âne de répondre I-A!

Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra